Penser l’historicité de l’esclavage en Afrique : écritures et pratiques de soi au Fouta-Djallon (Guinée)
Située sur les hauts plateaux du centre de la Guinée, la région du Fouta-Djallon a été gouvernée à l’époque moderne par un imamat peul, économiquement fondé sur l’exploitation d’esclaves. La colonisation française n’a produit qu’une abolition formelle de l’esclavage, dont « l’ombre portée » continue de structurer des hiérarchies « par ascendance » entre descendants d’esclaves et descendants de l’aristocratie. Comment ces distinctions sont-elles légitimées et performées au quotidien ? Comment le passé esclavagiste se manifeste-t-il dans les interactions religieuses et politiques à l’échelle locale ?
En se fondant sur une enquête ethnographique de près de six mois, la communication réfléchit à la manière dont les sociétés post-esclavagistes se rapportent à leur passé. Plutôt qu’un régime d’historicité unifié, l’enquête suggère d’étudier « à taille humaine » les représentations ordinaires du passé esclavagiste. Ces dernières mettent en évidence des « styles » antagoniques, qui légitiment ou au contraire discréditent la reconduction d’une domination par ascendance.