Rebecca ZLOTOWSKI
Normalienne, puis agrégée de lettres modernes, Rebecca Zlotowski découvre le cinéma par l’écriture. Elle choisit de ne pas enseigner et réussit le concours de la Fémis, section scénario. Son film de fin d’études et premier long métrage, Belle Épine, suit Prudence, fascinée, qui s’aventure sur le circuit de Rungis, où tournent dangereusement grosses cylindrées et petites motos trafiquées des bandes locales. Ce film retient d’emblée l’attention : sélectionné à la Semaine de la Critique du Festival de Cannes, il vaut à son actrice principale, Léa Seydoux, le César du meilleur espoir féminin en 2011.
Rebecca Zlotowski n’abandonne pas l’écriture scénaristique et travaille avec Philippe Grandrieux (Malgré la nuit), Yann Gonzalez (Les Rencontres d’après minuit), Robin Campillo, Géraldine Nakache (J’irai où tu iras), Audrey Diwan (Emmanuelle), Pierre Salvadori (La Vénus électrique) ou Teddy Lussi-Modeste, rencontré à la Fémis, avec qui elle co-écrit Jimmy Rivière et Le Prix du succès.
Ses propres films aiment interroger les stéréotypes, s’attachant à des sujets, des lieux ou des corps rarement vus, ou mal vus, à l’écran : la centrale nucléaire pour Grand Central, dont le héros, Gary, est comme irradié par l’usine où il travaille et la jeune femme qu’il y rencontre. Les stéréotypes de la bimbo (Zahia Dehar) dans Une Fille facile, le racisme qui peut entourer le premier président français d’origine Kabyle (Roschdy Zem) dans la série politique Les Sauvages. Le lien avec l’enfant de l’autre dans une famille recomposée (Les Enfants des autres, avec Virginie Efira). L’enquête psychanalytique dans Vie privée, avec Jodie Foster.
Dans son film « historique », Planétarium, Rebecca Zlotowski explore la fin des années 1930 et les troubles politiques qui saisissent alors l’Europe. Deux jeunes sœurs médiums américaines (Natalie Portman, Lily-Rose Depp), en tournée française, croisent un producteur de cinéma fasciné par leur don. Le film qu’ils souhaitent faire ensemble est une expérience spirite, révélant la puissance du cinéma et les risques qu’il court à se montrer aussi audacieux. Le contexte et la forme, la mise en scène et le moment historique, tout « fait tourbillon » en proposant une passionnante réflexion sur les vertiges de l’histoire.
— Antoine DE BAECQUE