Edition 2021 - Le Travail
L’Histoire en débats Conférence
Publié le 19/08/2021
Vendredi 8 oct. 2021 de 13:30 à 14:15 Université Site Jaurès - Amphi 2

Vapeurs, efforts et mutations : représenter le labeur à l'ère industrielle

Rencontres proposées par  la Bibliothèque nationale de France

Artistes et écrivains, en France et Outre-Manche, se sont donnés pour mission de témoigner des conditions de travail du peuple au milieu du XIXe siècle. En France, c’est notamment avec son roman L'Assommoir, que Zola va publier en feuilleton en 1876, que l’auteur va s’intéresser au monde ouvrier, en décrivant les ravages causés par la misère et l'alcoolisme. Situant l’action dans le quartier de la Goutte d’Or à Paris, Zola recueille une grande quantité d’informations et écrit sur les conditions de vie et de travail des ouvriers : diversité des métiers, diversité des types d’ouvriers (repasseuses, blanchisseuses, cardeuses, chaînistes, boulonniers, zingueurs, serruriers…), l’écrivain montre autant la fierté que l’impasse sociale. Outre-Manche, c’est dès 1849 que Charlotte Brontë décrit avec réalisme les classes laborieuses du nord de l’Angleterre dans son roman Shirley. Situé en 1812 dans le Yorkshire, il témoigne du contexte lié au travail dans les manufactures, qui connaissent les premières crises ouvrières. Dans les périodiques britanniques de l’époque, ces crises étaient souvent documentées et illustrées de manière féroce, notamment par le célèbre George Cruishank, qui offrit des caricatures mordantes de l’exploitation des classes laborieuses. Quelques années plus tard, Elizabeth Gaskell poursuivit cette exploration du monde industriel autour de la ville de Manchester dans son roman Nord et Sud, publié en feuilletons dès 1855 dans la revue Household Words de Charles Dickens. On y voit s’opposer le Sud rural et le Nord industriel sur fond de l’univers âpre de la révolution industrielle où patrons et ouvriers s’affrontent lors des premières grèves. L’univers des manufacturiers, autour de la ville de Manchester, ici nommée « Milton », est décrit son fond de décor de fumées et du bruit des machines. Nous verrons comment la description de cette ville dévouée au travail a inspiré des caricatures mais aussi de sombres représentations par les peintres de ces banlieues industrielles, attachés à dépeindre les colonnes de fumée et les habitats précaires. Pour certains d’entre eux, ces visions du travail, qui témoignent d’efforts, de peines, voire de souffrances, ne sont pourtant pas incompatibles avec une certaine idée de la modernité, notamment pour William Turner ou Claude Monet. En nous appuyant sur la lecture d’ouvrages comme l’enquête sociale Promenades dans Londres (1840) de Flora Tristan ou la description détaillée de Manchester par Friedrich Engels (La situation des classes laborieuses en Angleterre, 1845), nous interrogerons ces représentations de villes de labeur, qui peuvent également suggérer aux artistes une nouvelle approche de la machine et du travail.

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