Affiche de l'exposition
© INA
Les Expositions

Regarder la télé. 25 ans de télévision publique dans le fonds photographique de l'Institut National de l'Audiovisuel, 1949-1974

Exposition du 21 septembre au 15 novembre au Capitole

Vingt-cinq ans de télévision publique dans le fonds photographique de l'Institut National de l'Audiovisuel, 1949 - 1974, une collection révélée dans le cadre du Bicentenaire de la photographie.

Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale émerge un nouveau monde de l’image en mouvement qui deviendra par la suite rapidement le dispositif central de tout effort de médiatisation, aux côtés de la radio et de la presse. A l’occasion du Bicentenaire de la photographie et des Rendez-vous de l’histoire de Blois, c’est ce monde de la télévision publique française que cette exposition souhaite présenter, à travers la richesse exceptionnelle et inédite du fonds photographique de l’Institut National de l’Audiovisuel (INA). De 1949, date de la création de la Radiodiffusion-Télévision Française (RTF) à 1974, date de la dissolution de l’Office de Radiodiffusion-Télévision Française (ORTF), qui avait remplacé la RTF en 1964, la chronologie choisie recoupe également celle de la période dite des Trente Glorieuses. C’est un moment de fort développement économique et de transformations profondes des modes de vies, sur fond de foi dans le progrès technique et dans le futur, dont le nouveau média de masse qu’est la télévision se fait la puissante caisse de résonnance.

Cette exposition propose, à travers la photographie, de remettre à jour la mémoire de l’utopie qu’est la télévision publique à ses débuts. Car s’il on a, à juste titre, dénoncé le spectacle tout comme la propagande d’État qu’elle orchestre – « la police vous parle tous les soirs à 20h », lisait-on sur les murs de la Sorbonne en 1968 -, rappelons qu’il existe également au germe de notre séquence historique un espoir utopique pour de nouveaux possibles techniques et culturels qu’incarnait la télévision publique. Wladimir Porché, directeur général de la RTF de 1949 à 1957, se souvenant de son activité, déclare en effet: « Nous partions les uns et les autres de cette idée que l’homme est perfectible, que sa vocation et son rôle dans le développement, dans l’évolution, d’une façon générale, ne s’arrêtent pas au point que nous connaissons et que grâce à des moyens de communication, en particulier, ceux dont nous parlons [la radio et la télévision], nous pouvions, de proche en proche, contribuer à une amélioration intellectuelle et spirituelle de l’être humain »

Le fonds photographique de l’INA, s’il en est un témoignage, ne se réduit toutefois pas à sa seule fonction de trace de cette espoir utopique. Principale source de documentation de l’hors-champ des plateaux et des émissions, la photographie est en effet dans ces années le terreau d’une culture commune de la télévision. Au-delà de l’écran, l’à-côté et le supplément du visionnage se jouent dans les magazines illustrés, pour lesquels les photographes de la télévision fournissent des images. Ceci n’a rien d’anecdotique : Télé 7 Jours devient au milieu des années 1960 le magazine français le plus vendu. Et pour cause, ce nouveau média de masse qu’est la télévision nécessite son pendant imprimé, dans lequel les spectatrices et spectateurs découvrent la vie des vedettes et les coulisses des émissions qu’ils observent sur le petit écran. Si nous ne nous risquerons pas à dire si la télévision a été le moteur d’une amélioration de l’être humain, une chose est plus certaine : il y a eu une culture de la télévision des Trente Glorieuses, et cette exposition propose d’en découvrir la matière brute. 

Fabrique de l’image

                Derrière les présentateurs vedettes, les émissions culte et les grandes soirées de télévision, il y a des femmes et des hommes au travail. Décorateurs, réalisateurs, maquilleuses, costumières, cadreurs, ingénieurs du son, photographes, techniciens, secrétaires, chercheurs, artistes ou encore administrateurs : toutes et tous participent à la naissance de l’image de la télévision publique française.

                Les photographies réunies ici nous ouvrent les portes d'un monde habituellement invisible. Elles nous emmènent dans les ateliers où se dessinent les logos de la RTF, sur les plateaux où prennent vie les décors, dans les régies remplies de câbles et de consoles, au cœur des laboratoires où s'inventent de nouvelles images et de nouveaux usages. Parmi ces lieux figure notamment le Service de la Recherche. Sous l'impulsion de ses équipes, la télévision y devient un terrain d'expérimentation où l'on invente de nouveaux formats, comme l’émission animée pionnière Les Shadoks.

                Au fil du parcours apparaissent de jeunes comédiennes et comédiens promises à un grand avenir. Isabelle Adjani, Isabelle Huppert ou encore Agathe Beringer croisent ici réalisateurs, techniciens et équipes de tournage dans les studios ou en extérieur. Présents partout, des studios de Cognacq-Jay aux Buttes-Chaumont, du Service de la Recherche aux reportages de terrain, les photographes documentent la fabrique quotidienne de la télévision. Leurs images montrent aussi bien les artistes que les techniciens, les émissions que leurs coulisses, les succès à l'écran que le travail discret de celles et ceux qui les rendent possibles.

La lucarne magique

                Les photographes n’œuvrent pas que dans l’ombre des émissions. Si certaines images livrent un témoignage de l’activité créatrice foisonnante qui concourt au spectacle télévisé, la majorité des photographies du fonds donnent en revanche à voir le tournage, moment où tout s’aligne dans une chorégraphie dont le premier public est la caméra. La diversité des émissions qui animent la « première chaine », puis sa sœur cadette à partir de 1964, se reflète dans les images de la collection. 

                La loi du 27 juin 1964, en créant l’ORTF, lui confie dans le même geste la mission de « satisfaire les besoins d'information, de culture, d'éducation et de distraction du public ». C’est le témoignage de l’ampleur du rôle social qu’a pris la télévision durant les 15 années qui séparent la RTF et l’ORTF. Véritable production culturelle totale, la télévision opère une chose dont la normalisation quotidienne contemporaine des images en mouvement nous a sans doute fait oublier l’ampleur : l’entrée des écrans dans une importante partie des foyers français – nous passons le cap du million de téléviseurs en 1958, puis celui des dix millions en 1969 – participe à la création d’une culture française commune d’après-guerre.

                C’est sans doute une partie intégrante de l’utopie qui porte le projet de la télévision à ses débuts. L’ubiquité de l’image en mouvement que permet ce nouveau dispositif technique – cette lucarne télévisée, fenêtre sur le monde – doit être le terreau magique d’un renouvellement culturel en faveur d’un progrès de l’être humain, pour paraphraser le premier directeur de la RTF Wladimir Porché. Faire vivre le monde du cinéma, célébrer la musique, présenter les actualités, mettre en scène le théâtre, s’approprier la forme fictionnelle des films de cinéma, cette section donne un aperçu des « coulisses de l’exploit » que veut faire vivre la télévision, pour reprendre le titre d’une célèbre émission de l’époque.

Nébuleuse stellaire

                Quelle est la fonction de ces photographies ? Au-delà d’un témoignage de la fabrique de la télévision, elles prennent également part au bouillonnement productif de ce monde, dont un des fruits est la fabrication de célébrités. D’abord qualifiées de « vedettes », du fait de leur haute visibilité, elles ont ensuite progressivement hérité de la céleste métaphore anglophone de « stars » venue du cinéma. Ce dernier terme s’applique bien à ces personnages auxquels l’activité médiatique confère une place de quasi-divinité. Ce n’est pas juste une image : le sociologue Edgar Morin montre déjà en 1957 à quel point, dans la société occidentale sécularisée du XXème siècle, ces nouvelles idoles occupent une fonction d’ordre sacrée. Ce rôle divin a toutefois davantage été celui des stars du Hollywood d’avant-guerre. Le grand bouleversement dans l’économie des images causé par l’introduction de la télévision dans l’après Seconde Guerre mondiale remodèle en effet ce star system.

                Les stars, entités autrefois marmoréennes, s’animent et s’humanisent au gré du changement technique de médiatisation par l’image. Car, pour filer la métaphore religieuse, si le cinéma constituait le temple sacré de ces étoiles lointaines et inatteignables du premier XXe, la télévision opère pour sa part un basculement : désormais, l’univers mystique des célébrités se met en scène dans l’intimité de chaque foyer. En rentrant ainsi dans l’espace privé des françaises et des français à travers le petit-écran, les idoles deviennent familières. Les étoiles célestes du cinéma se transforment alors en stars modèles-de-vie, pour reprendre l’expression de Morin, dont les images circulent massivement dans la presse spécialisée télévision. Celle-ci se hisse dans les années 1960 à la première place des magazines papier les plus vendus. Ce nouveau monde médiatique – Télé 7 jours à sa tête – fait vivre le vedettariat, ce nouveau star-system, grâce à la profusion de photographies qui lui proviennent des plateaux de télévision.

                La nébuleuse ORTF, dont cette exposition dévoile les coulisses, œuvre à cette création de nouveaux astres. Une étoile nécessite toutefois du carburant pour continuer à briller. C’est donc à cela que concourent en partie ces photographies : constituer le matériau brut d’une économie nouvelle des images stellaires. 

Commissariat d’exposition : Véronique Clavier, Stylianos Kypraios, Audwin Lachaud.

Affiche de l'exposition
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14 rue des Juifs - 41000 Blois