Reconfiguration du monde marchand autour du MIN de Rungis : du centre vers la banlieue
Table Ronde proposée par le Service Interministériel des Archives de France
Le fonds d’archives de la SEMMARIS, conservé aux Archives départementales du Val-de-Marne, constitue une source exceptionnelle pour l'histoire du commerce francilien et français. Couvrant la période 1952-1990, il regroupe 1 739 articles qui retracent la création du marché d’intérêt national de Rungis, sa construction et le transfert des Halles de Paris. On y trouve aussi des documents relatifs à la mise en exploitation du nouveau marché. Le fonds se distingue également par sa richesse iconographique, avec près de 1 000 articles composés de reportages photographiques sous forme de négatifs, réalisés entre 1966 et 1969. La SEMMARIS, société d'économie mixte chargée de l'aménagement et de la gestion du marché d'intérêt national (MIN) de la région parisienne, veille aujourd'hui encore à la conservation rigoureuse de ce patrimoine écrit grâce à son propre service d'archives.
Sur le plan historique, ces archives éclairent une rupture majeure : le déplacement d'un marché profondément ancré dans le cœur de Paris vers un espace périphérique entièrement dédié à la logistique nationale et internationale. Ce transfert ne représente pas seulement un déménagement géographique, mais une transformation profonde du métier de marchand. Les acteurs du commerce se retrouvent intégrés à un système logistique normalisé et rationalisé, dans lequel leurs pratiques professionnelles sont redéfinies par des impératifs d'organisation et d'efficacité. Le fonds met par ailleurs en évidence le rôle croissant d'acteurs semi-publics dans la régulation et l'organisation de ce commerce, témoignant d'une évolution structurelle dans les modes de gouvernance des marchés. À ce titre, ces archives constituent un observatoire privilégié des mutations du monde marchand au XXe siècle.
Toutefois, l'analyse des fonds produits par les services déconcentrés de l'État exerçant une tutelle sur le MIN révèle un contraste saisissant. Les services tels que la direction départementale de la protection des populations (DDPP), l'ancienne direction départementale de l'agriculture (DDA) ou encore le bureau des douanes du MIN n'ont pas généré de fonds d'archives définitives sur l'activité du marché. Seul le commissariat du MIN a versé des archives, celles-ci portant principalement sur les questions de sécurité publique au sein du marché.
En définitive, le fonds SEMMARIS demeure la source centrale et la plus complète pour appréhender l'histoire du marché de Rungis. Il offre une vision dense et cohérente d'une transformation urbaine, économique et professionnelle d'envergure, tout en soulignant les lacunes documentaires laissées par les administrations de tutelle, qui tempèrent la possibilité d'une analyse pleinement croisée des sources.