Quand les femmes écrivaient l’histoire. Entre la Mésopotamie et l'Anatolie il y a 4 000 ans
À travers une galerie de portraits saisissants, l’assyriologue Cécile Michel redonne vie à des femmes qui, il y a 4 000 ans, géraient le commerce, le patrimoine et la famille, et dont les écrits sont parvenus jusqu’à nous.
Lamassi, Taram-Kubi, Zizizi ou encore Nuhshatum étaient les fiancées, épouses, veuves ou sœurs des marchands assyriens qui parcouraient les comptoirs commerciaux jusqu’en Anatolie au XIX? siècle av. J.-C. Restées à Assur, dans le nord de l’Irak actuel, pendant les longues absences des hommes, elles dirigeaient la maisonnée, administraient les affaires, produisaient des étoffes destinées au commerce international, acquéraient leurs propres biens et pouvaient même divorcer dans les mêmes conditions que leur mari.
C’est en déchiffrant les tablettes d’argile inscrites en caractères cunéiformes, découvertes à Kültepe, sur le site de l’ancienne cité de Kanesh en Anatolie centrale, que Cécile Michel a mis au jour le rôle central de ces femmes dans la civilisation mésopotamienne. Ces 22 000 tablettes constituent le plus ancien ensemble d’archives privées connu à ce jour. Elles renferment non seulement des documents juridiques — contrats de mariage, de divorce, de succession, créances ou inventaires — mais aussi une abondante correspondance qui donne directement la parole à ces femmes.
Elles y expriment le manque de leur mari, rappellent leurs fils à l’ordre, réclament le paiement de ce qui leur est dû, tiennent les comptes, s’inquiètent de dettes impayées, défendent leur héritage face à leurs frères, rappellent aux hommes leurs devoirs envers les dieux ou pleurent leurs disparus. En vingt-quatre courts chapitres, autant de portraits, Cécile Michel restitue avec finesse le quotidien de ces femmes qui n’étaient ni reines ni prêtresses, mais qui étaient loin d'être reléguées à un rôle secondaire.