Les mauvais marchands : trafics et pillages du passé
Table Ronde proposée par le Conseil Scientifique
Le marchand vend, a priori, selon des règles établies ce qui lui appartient, qu’il a acquis, qu’il possède dans ses stocks. Peut-on être «?marchand de tout?»?? En d’autres termes, peut-on être, sans réserve, cet intermédiaire d’une transaction normée de tout ce qui existe sur terre?? Se poser la question c’est évidemment envisager qu’il existe des limites, et même donc des «?mauvais?» marchands qui vendent au fond des biens qui ne leur appartiennent pas.
La vente du passé est un sujet particulièrement délicat et complexe, dont les pratiques ont évolué en quelques décennies. Il faut contextualiser ce dossier avec le regard de l’historien. Ce qui semblait concevable il y a un siècle, ou même au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, ne l’est plus aujourd’hui. Le collectionnisme laissait une liberté d’action presque totale. Les colonisations du XIXe siècle ont elles aussi conduit à des acquisitions et ventes presque sans limite à une époque où, déjà, les premières protections du patrimoine par des pays pillés –en Méditerranée en particulier– voyaient le jour. Depuis 1970, la Convention de l’Unesco et les décolonisations, le paradigme a changé. Aujourd’hui, il y a une attention accrue aux provenances concernant les biens culturels ou patrimoniaux et les moyens de lutte contre les trafics illicites s’organisent à l’échelle internationale. Pourtant, le pillage du passé est florissant, disposant de moyens eux-aussi sophistiqués, qui se déploient dans le monde entier, avec des logistiques terriblement efficaces qui affectent tout particulièrement le passé enfoui ou immergé, celui de l’archéologie et même de la paléontologie. Le patrimoine archéologique entre dans un circuit redoutable qui côtoie les armes et les drogues…
Cette table ronde réunit quatre actrices et acteurs de premier plan sur le sujet, et elle permettra de croiser les regards. Y seront abordés des thématiques touchant aux fouilles archéologiques elles-mêmes, aux moyens de lutte face aux «?mauvais marchands?», aux provenances, à la sensibilisation des futurs professionnels du patrimoine ou du public, à la question des protections hétérogènes selon la nature des vestiges?: les dinosaures, espèces animales disparues, sont encore moins bien protégés que les objets archéologiques que l’on pourrait presque qualifiés d’espèces en voie de disparition puisque ce sont, elles aussi, des données non renouvelables.