© Bénédicte Roscot.

La démocratie à l’épreuve du marché : entre court terme et société désirable

Les rapports entre démocratie et marché ont, depuis l’avènement du libéralisme économique, fait l’objet de débats récurrents et de tensions structurelles.
D’un côté, le marché, porteur d’innovation, de croissance et d’efficacité, est souvent présenté comme un moteur indispensable au dynamisme des sociétés modernes. De l’autre, la démocratie, fondée sur l’égalité, la délibération collective et la recherche du bien commun, se heurte à des logiques économiques qui privilégient le court terme, l’individualisme ou encore la concentration des pouvoirs. Ces tensions, déjà présentes chez les classiques (de Tocqueville à Marx), resurgissent avec acuité aujourd’hui : la financiarisation de l’économie, les crises écologiques et sociales, ou encore la montée des populismes interrogent la capacité des démocraties à résister aux pressions du marché — ou, au contraire, à en tirer parti pour construire une société plus juste et durable. C’est dans ce contexte que se pose, avec une urgence nouvelle, la question de leur articulation : complémentarité, conflit, ou nécessaire réinvention ?"
Comment en particulier concilier les impératifs économiques du court terme — portés par les logiques de marché et leurs pressions sur les démocraties — avec la construction d’une société désirable, fondée sur des valeurs collectives et une vision de long terme ? Alors que le capitalisme semble imposer ses rythmes et ses priorités aux systèmes politiques, et que l’urgence écologique et sociale exige des transformations structurelles, comment échapper à la tyrannie du présent pour repenser le rôle de la démocratie : doit-elle s’adapter au marché, ou le réguler pour inventer un autre futur ?
La démocratie est-elle condamnée à danser au rythme du marché, ou peut-elle encore écrire sa propre partition ?
Nous en échangerons en croisant les regards de la science économique (Anton Brender, économiste français reconnu pour ses analyses des crises financières, de la dette publique et du fonctionnement de la zone euro, à la fois professeur, chercheur et économiste de marché, et auteur en particulier de « les démocraties face au capitalisme : le prix de la vie des hommes» (Odile Jacob 2024), de la sociologie (Dominique Méda, haute-fonctionnaire, sociologue et philosophe, professeure à l’université Paris-Dauphine-PSL, spécialiste des politiques sociales et de l’emploi, mais aussi des rapports entre travail, « économique » et démocratie et qui a publié récemment « une société désirable : comment prendre soin du monde » (Flammarion, 2025)) et de la science politique (Pierre Rosanvallon, professeur émérite au Collège de France, auteur d’une œuvre qui occupe une place majeure dans la théorie politique contemporaine, ainsi que dans la réflexion sur la démocratie et la question sociale, et qui publie aux Editions du Seuil « la Tyrannie du présent » (2026)).

© Bénédicte Roscot.

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