Des marchands de doute aux marchands de promesses. La fabrique de l'incertitude au cœur du backlash environnemental
Table Ronde proposée par le Comité d'Histoire de l'Environnement et du Développement Durable
En 2010, Naomi Oreskes et Erik Conway forgeaient l’expression de « marchand de doute » pour désigner les stratégies d’entrave à la régulation des enjeux sanitaires et climatiques. Leurs travaux éclairaient la manière dont l’incertitude, inhérente à la re-cherche scientifique, devenait une ressource dans la construction des communica-tions industrielles avec pour effet de créer de l’attentisme et de la procrastination dans les politiques de régulation écologique. Ce livre marque un moment historiogra-phique : il contribue notamment à alimenter la réflexion sur la fabrique de l’ignorance dans le domaine des maladies industrielles, l’histoire des stratégies d’entreprises et des mobilisations de consommateurs, ou encore l’étude des mouvements climato-sceptique et du greenbacklash.
Ces recherches se sont souvent concentrées sur l’analyse de discours ou d’études scientifiques à une échelle globale, sans éclairer la manière dont cette rhétorique du doute façonne des rapports sociaux concrets ou agit sur le monde matériel. Il s’agit désormais de comprendre comment la fabrique du doute participe à reproduire des rapports sociaux concrets, qui contribuent au maintien d’un ordre productif à l’échelle de certains territoires. Il s’agit également de questionner l’idée d’une transi-tion des « marchands de doute » aux « marchands de promesse ». Pour un certain nombre d’industriels, en désignant ainsi les industriels il s’agirait de formuler des pro-messes technologiques, pour absorber du CO2 ou bien pour remplacer les énergies fossiles, en général coûteuses, irréalisables du moins dans le temps imparti. Quels ac-trices et acteurs sont en cause ? Comment réussissent-ils ou échouent-ils à inscrire leurs idées sur l’agenda politique ? Plus largement, il s’agirait de saisir l’historicité de ces deux modes de production du savoir et de l’ignorance, en réunissant des histo-riennes et historiens qui mobilisent et questionnent les usages de cette notion de « marchands de doute ».