Publié le 29/03/2021

Bertrand Tavernier

Les Rendez-vous de l’histoire saluent avec émotion et reconnaissance la mémoire de cet immense cinéaste, disparu jeudi dernier, qu’était Bertrand Tavernier.

Dans son œuvre prolifique, qui sut toucher le grand public, sa passion de l’histoire s’est exprimée de façon éclectique, inventive et d’une remarquable authenticité. La violence médiévale (Passion Béatrice) Les soubresauts et les luttes de pouvoir des guerres de religion (La Duchesse de Montpensier – en partie tourné à Blois-), les fêtes galantes du Régent (Que la fête commence), la brutalisation et le deuil de la Première Guerre mondiale (Capitaine Conan et La Vie et rien d’autre), le cinéma sous l’Occupation (Laissez-passer), les ravages du colonialisme (Coup de torchon), Le Paris du jazz (Autour de minuit), autant de sujets dont il sut restituer la vérité et l’atmosphère, par un sens vivant du récit et de l’incarnation, servi par une pléiade d’acteurs et actrices remarquables.

Ses convictions d’humaniste engagé, souvent vibrant de colères indignées, ont sut aussi inspirer des fictions coup de poing (L627, L’Appât, Ca commence aujourd’hui) comme des documentaires courageux (La Guerre sans nom sur la parole des anciens combattants de la Guerre d’Algérie, Histoires de vies brisées sur les sans papiers et le scandale de la double peine).

Ce fut aussi un inlassable défenseur de la mémoire du cinéma français, que ce soit au sein de l’Institut Lumière à Lyon ou dans ce documentaire fleuve, Voyage à travers le cinéma français, qui a été sa dernière oeuvre.

Il fut à deux reprises l’invité d’honneur du festival, comme président du cycle cinéma en 2002 pour le thème de « L’Etranger », et comme président de l’édition de 2013 sur le thème de « La Guerre ». Son entretien avec l’historien Stéphane Audoin-Rouzeau lors de la conférence de clôture reste dans nos mémoires : S’y révéla combien son intelligence et sa sensibilité avaient pu traduire dans le langage du cinéma les avancées de l’historiographie, et combien sa gourmandise érudite et communicative faisait de lui un extraordinaire passeur d’histoire(s) ! On peut réécouter ce moment de rencontre sur le lien ci-contre.

Jean-Marie Génard, responsable cinéma des RVH